Fausse couche : leçon de vie après la perte d’un bébé

Jeudi 11 dec 23h00: premiers saignements : « Reste avec moi… s’il te plait reste avec moi. Tu verras tu seras bien avec nous même si t’es le premier et qu’on n’y connait rien. Reste. »

Vendredi 12 dec 9h40 – échographie de contrôle: « Vous voyez là, on voit bien le sac de grossesse. Là, le foetus mais il n’a pas évolué depuis 2 semaines. Et je ne perçois pas de battement de coeur. » En anglais ça se dit « foetus demise ».

Durée de cette première grossesse: 8 semaines et 2 jours.

C’était il y a une semaine. Le plus gros du choc émotionnel est passé. Physiquement, après un passage d’une journée à l’hôpital, c’est fini. Douloureux et sanglant, tout est maintenant terminé.

Chronologie d’un choc émotionnel

Une grossesse qui arrive comme ça sans être réellement prévue, c’est comme un cadeau qu’on vous fait alors que ce n’est pas votre anniversaire. Ca ne peut qu’aller bien. Ca va changer la vie et comme dirait l’un de mes collègue : ce n’est jamais le mauvais moment pour être enceinte. Quand vous êtes à l’autre bout du monde, il n’y a plus de repères non plus: qui aller voir, par quoi commencer, et d’abord comment on sait où j’en suis dans la grossesse?

Tout un périple. Revoir sa liste de courses, faire les prises de sang, trouver des excuses valables pour ne pas prendre un verre de vin avec les collègues, trouver une clinique, lire le feuillet de « bienvenue dans les 9 mois de la femme enceinte ». Bref de nouvelles activités. Vous vous projetez et commencez à faire des listes de prénoms. La fausse couche n’est juste pas envisageable. C’est comme si cet enfant était déjà là. Comment est-il possible que je le perde ce bébé qui est bien au chaud dans mon ventre?

Quand le vendredi arrive, vous restez positive car finalement vous avez pu voir sur internet que des saignements étaient possible pendant les 3 premiers mois et que la noisette que vous portez n’en souffrait en rien. Et là, c’est le drame.

Même si les professionnels qui vous suivent vous disent que ce n’est pas votre faute et que 80% du temps c’est lié à des malformations génétiques trop importantes, vous ne pouvez pas vous empêcher de penser que le stress et la fatigue d’une vie professionnelle trop remplie n’a pas aidé à ce que cela se passe bien.

fausse couche et perte du bebe

Le traumatisme de la fausse couche (crédit photo: www.baya.tn)

 

Vous les revoyez ces journées trop longues à vouloir prouver que votre conscience professionnelle est quand même plus importante que votre santé physique. Bim ça revient en pleine figure… et là ce n’est pas seulement vous qui souffrez mais une vie qui s’arrête alors qu’elle n’a même pas encore commencée.

Tout se mélange pour faire le plus chouette feu d’artifice émotionnel jamais tiré: colère contre soi, sensation d’impuissance, tristesse pour cet être qu’on ne connaitra jamais et peur pour la prochaine grossesse. Il ne suffit que de peu de choses pour vous perdre dans les remous incessants de ce tsunami : une musique, un film, un article sur Facebook, ou tout simplement une pensée, et une autre et encore une autre. Un torrent de larmes coule, s’arrête, re-coule, s’arrête à nouveau et reprend toutes les 10 minutes.

Et puis la vie reprend ses droits. Vous récupérez tout doucement votre fil d’Ariane. Vous recommencez à positiver… enfin non, vous positiviez très rapidement après cette triste annonce, c’est juste que votre coeur commence seulement à comprendre ce que le cerveau essaie de lui dire depuis 3 jours.

Evolution en conscience 

Le week end passe et plusieurs leçons de vie commencent à poindre le bout de leur nez:

  • 1/ Je peux être enceinte : malgré toute la tristesse engendrée par la fausse couche, physiquement rien ne vous empêche d’être enceinte.
  • 2/ Mettre les priorités dans le bon ordre est un moment crucial: cela équivaut à répondre à la question suivante: est-ce que cette envie de bébé est là pour les bonnes raisons? En ce qui me concerne ce premier essai n’était pas des plus convaincant. Il était là pour m’obliger à me mettre des limites dans mon temps de travail. Pas la meilleure raison qui soit. Inutile de dire que maintenant l’ordre a bien changé.
  • 3/ Annoncer sa grossesse avant la 13ème semaine a été très positif. Très sincèrement, étant à l’autre bout du monde, je ne crois pas que j’aurais pu géré cela toute seule avec mon cher et tendre (qui a été exceptionnel tout du long). Dans un moment pareil, plus vous recevez de tendresse et d’attention, plus vite vous voyez le bout du tunnel. D’autant que c’est en parlant, que vous vous rendez compte que les fausses couches sont des événements communs dans la vie de quasiment toutes les femmes.

Bref une mauvaise expérience ouvre généralement le pas vers pas mal d’opportunités pour que cela se passe mieux. Faire le ménage est un moment important. Pour arriver à cela, j’ai choisi l’EFT.

Par contre, je ne me voyais pas faire cela toute seule. J’ai donc fait appel à une professionnelle afin qu’elle me guide dans ce chemin. J’ai pu traiter avec elle ces émotions qui menaçaient de m’engouffrer pour encore plusieurs semaines. L’EFT m’a permis de remettre en perspective cette experience douloureuse et de faire le deuil de cet enfant et de la personne que j’étais il y a une semaine. Cela m’a permis également de relativiser mes peurs pour la prochaine expérience.

Derniers jours de femme enceinte et acte symbolique

A partir du moment ou vous êtes arrivés à faire la part des choses, il n’y a plus qu’une chose qui vous intéresse: repartir à 0. Cela implique un passage à l’hôpital lorsque la fausse couche ne se fait pas naturellement. Il y a 2 choix (en tout cas en Nouvelle Zélande): un médicament bourré d’hormones censées ouvrir le col de l’utérus et ainsi une évacuation « normale » ou bien un acte chirurgical (le curetage). J’ai choisi la première possibilité et suis alors devenue le « management case ». Si on voulait traduire ce terme ce serait « le cas de gestion » sous entendu « de fausse couche ». Ca c’était mercredi dernier. Ca a été sanglant et (très) douloureux mais à la fin de l’après midi c’était fini. Physiquement en tout cas.

La dernière chose qui me reste à faire est un acte symbolique. C’est d’ailleurs le but réel de cet article: 7 Mercis comme autant de shakras à réparer:

  • Merci à toi, mon amour, pour ta présence, ton endurance dans cette épreuve, tes bras si accueillants et pour ta confiance en l’avenir et en moi
  • Merci à vous, mes chers parents, pour votre soutien a 16500km, votre absence de jugement et votre amour
  • Merci à vous, mes amis et collègues pour m’avoir offert autant de preuves de tendresse et d’amitiés, pour m’avoir changé les idées et avoir vécu ce moment important en notre compagnie
  • Merci à tous les professionnels de santé qui m’ont suivie pendant cette expérience. Dans la joie comme dans la tristesse de cette possibilité avortée. Leur soutient a été exceptionnel, ils se sont occupé de tout.
  • Merci à toi Marie pour ton aide, ton oreille et ta compassion. Ta gentillesse et les mots justes m’ont fait passer le gros de cette expérience même si la connection Skype n’était pas exceptionnelle.
  • Merci à toutes ces histoires de femmes qui sont passées par là et qui permettent de remettre en perspective les choses lorsqu’on se dit que ça n’arrive qu’à soi.
  • Merci à toi petit ange qui a partagé cette expérience avec moi. Tu resteras dans mon coeur toujours comme une première tentative merveilleuse et douloureuse. Toi si petit, tu m’as donné la meilleure leçon de vie possible: remettre les priorités dans l’ordre, dire merci et prendre conscience de chaque cadeau qui nous est donné d’évoluer dans le bon sens. Bon vent à toi et merci pour tout.

J’espère que cet article aidera les femmes qui seront dans le même cas que moi et qui avant d’en parler autour d’elles se rendront compte qu’il y a peu de témoignages sur le net concernant cette expérience traumatisante. Les seuls que j’ai pu trouver sont en anglais.

Rajoutez vos expériences en commentaire, vous verrez c’est libératoire d’en parler, de l’écrire et de se rendre compte que c’est le cadeau qui nous est donné à la naissance de connaitre intimement autant la vie que la mort… un sexe pas si faible que ça finalement.

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