Migraine: le jour où j’ai atteint la limite de la douleur

Aujourd’hui c’est un article un peu spécial car il participe à l’évènement mensuel « A la croisée des blogs ».

Ce mois-ci, c’est Jerome du blog « Changer de vie par l’action » qui organise le festival sur le thème Le jour ou j’ai atteint ma limite.

Les règles du jeu sont précisées ici.

Aujourd’hui, donc, j’aimerais vous faire faire un bond dans le temps et retourner un jour de juin 1999. Il faisait beau.  J’étais en première et c’était un de mes derniers jours de classe.  Ce matin là, je me suis levée pour 4h de pseudo classe (en été c’est quand même plus récréation qu’apprentissage) dont 2h de sport.  Ma mère me demanda même si je ne voulais pas faire l’école buissonnière… On devrait toujours écouter sa maman car lorsqu’il s’agit de leurs enfants, elles ont souvent des intuitions phénoménales.

 Je décidais d’y aller quand même pour une sombre histoire d’évaluation en course de fond.

À 19h ce soir là je faisais mon entrée aux urgences du CHU d’Hautepierre, une bosse de la taille d’un oeuf sur le front, des égratignures sur le menton et un aveuglement complet suite au choc.

 Là vous êtes certainement en train de vous dire que je viens de me prendre une voiture… et non… Le lancer de poids vous connaissez?  C’est cette discipline d’athlétisme où les femmes fleurtent avec les 100kgs (de muscles bien sûr) et poussent des cris d’animaux quand elles lancent leur balle de plomb. ..
Bon ben moi j’en ai reçu un sur la tête. .. cadeau d’un de mes camarades de classe qui a trouvé bon de le lancer alors que l’exercice était fini et que je me trouvais à 2m de lui. Tout à fait accidentel.

 Et là débuta un calvaire qui durera 5 ans en tout. J’ai eu un hématome extradural. Si vous n’etes pas médecin ni traumatisé crânien, ce terme est certainement du chinois. Sachez que votre cerveau est lui aussi entouré d’une peau: la dure-mère. J’ai donc eu un bleu (donc un épanchement de sang) entre la dure-mère et la boîte crânienne.  Tout ça avec bien sûr un traumatisme crânien.

Je ne vais pas m’attarder plus que ça sur le côté médical. Disons simplement que j’ai passé une bonne partie de mon année de terminale au service de neuro-chirurgie.

Suite à cet accident, la vraie séquelle qui me restait était une migraine… une migraine qui a duré 5 ans et qui m’a accompagnée pendant toutes mes études supérieures.

Une histoire douloureuse de migraine journalière

Pendant la première année, j’ai été suivie par le centre de la douleur de Strasbourg. J’ai donc eu la joie de tester l’acupuncture, l’ostéopathie crânienne et tous les antimigraineux existant sur le marché d’alors. Au bout d’un an, j’avais perdu tout lien avec mon corps du fait des médicaments et pourtant rien n’y faisait. Je me réveillais avec une migraine et j’allais me blottir dans les bras de Morphée avec.

Au bout de 12 mois à ce régime, je décidais d’arrêter de tester les traitements médicamenteux. Les médecins m’avaient assurés que les migraines étaient une suite relativement normale d’un traumatisme crânien et que ça s’estomperait avec le temps. Donc, je me suis dit que ça partirait quand ça partirait et qu’au moins pendant ce temps là je serais à nouveau moi-même.

migraine:la limite de la douleur

Vous imaginez vivre ça tous les jours du réveil au couché? (credit photo: Joe White @picasaweb)

Je vous rassure, la douleur n’était pas constamment la même non plus… Non. Il y avait des jours où c’était pire et d’autres ou ça allait encore. Ces variations étaient dues en partie au facteur stress et pour la majorité à des changements de temps. Et oui, suite à cet accident, je me suis transformée en station météo! Un infime changement de pression atmosphérique me faisait souffrir le calvaire.

Le jour ou j’ai atteint ma limite dans l’acceptation de la migraine

Apres 4 années à ce régime la, j’ai lâché prise. Je ne voyais pas le bout de cette souffrance. Le simple « ça va? » était une question problématique. La souffrance de mes parents quand j’étais en pleine crise devenait assez insupportable. Il fallait que ça s’arrête. Alors, j’ai fait des recherches sur internet… en français et en anglais. J’ai fait le tour de tous les forums sur les traumatismes crâniens et de toutes les solutions possibles. Je me suis rendue compte que la souffrance que j’éprouvais était au moins pour partie psychologique. J’ai donc pu bénéficier d’une aide psychologique dans le cadre de l’association pour les traumatisés crâniens de la région Alsace.

Le suivi psychologique m’a beaucoup aidé à prendre un minimum de distance et à évacuer un certain nombre de choses qui venaient s’ajouter à la douleur physique.

Et puis, un jour, j’ai eu peur. J’avais la crève, et la migraine qui allait avec était phénoménale. Pendant une pause entre 2 cours (car j’étais en DUT à ce moment là), je me rends compte que la cicatrice de 20 cm que j’ai sur le crâne est rouge… Panique à bord. Je rentre chez mes parents en 4ème vitesse et je me retrouve chez mon médecin de famille: « Rien de grave, ne t’inquiètes pas. Tu as de la température avec la grippe que tu as attrapée et les vaisseaux sanguins cutanés se sont dilatés et c’est pour ça qu’on les voit sur la cicatrice.« 

Après ces explications, je lui réponds: « Ah ça me rassure au moins pour ça. Par contre ça n’explique toujours pas mes migraines. » Et là, mon docteur me demande de décrire mes migraines et  leur fonctionnement… Chose qu’on ne m’avait jamais réellement demandé auparavant.  J’ai commencé à lui dire que je prévoyais le temps… je vous assure que quand on commence à raconter ce genre de chose à un homme de science, on a limite un peu honte. Mais bon, le ridicule n’a jamais tué personne donc j’ai été honnête et je lui ai raconté comment ça se passait.

Et là, il me regarde et il me dit: « tu sais ça ressemble beaucoup à un symptôme assez commun chez les pilotes d’avions. Lorsqu’ils sont en vol, certains d’entre eux sont plus vulnérables aux pressions atmosphériques ce qui leur cause des migraines. C’est le liquide céphalo-rachidien qui est à l’origine de ce phénomène. En effet, ton cerveau n’a pas constamment la même taille. Il est contraint par la boite crânienne certes mais étant donné qu’il est composé à 70% d’eau, il est soumis aux pressions atmosphériques comme les marées dans l’océan. Ainsi lorsqu’il se contracte, le cerveau produit le liquide céphalo-rachidien. Ce liquide va remplir l’espace entre la boite crânienne et le cerveau. Quand le cerveau se dilate, le liquide va alors s’évacuer via la colonne vertébrale. Donc si tu as des migraines, c’est qu’il doit y avoir un blocage quelque part, que le liquide céphalo-rachidien ne s’évacue pas correctement et par conséquent tes migraines sont liées au fait que tu as trop ou trop peu de pression dans le cerveau.« 

Et voilà. 4 ans de migraines expliqués sur une vulgaire histoire de plomberie!! Sous nos yeux ébahis (ceux de ma mère et les miens) il me prescrit donc un diurétique. On n’y croyait pas. Et pourtant, mon médecin de famille avait effectivement trouvé la solution à mon problème.

Ce jour là, j’ai vu la fin du tunnel. Un an plus tard, je repassais sur la table d’opération pour la mise en place d’une valve de régulation de pression… un petit aimant qui fait ce que je ne sais plus faire: gérer les niveaux de pression dans mon cerveau…

Petite conclusion

Voilà ma petite histoire. Suite à cet accident, j’ai développé une force et une organisation de dingue afin que ces migraines qui m’ont maintenue prisonnière pendant la totalité de mes études ne soient jamais un frein à ma carrière future. J’ai bataillé chaque jour et au final c’est la science et moi-même qui avons gagné. La cicatrice est là pour me rappeler d’où je viens. Elle ne se voit pas vraiment, elle est cachée à la base des cheveux, près de mon visage et elle court de l’oreille jusqu’en haut du front. Je sais qu’elle est là.

Depuis, je vis en équilibre sur un fil: si je mange correctement, si je bois et dors suffisamment, que je pratique une activité physique régulière et que je gère mon stress correctement, alors tout se passe bien. Si par contre je dévie un tant soit peu de mon fil, assurément la migraine revient pointer le bout de son nez. Avec l’aimant qu’on m’a implanté, j’ai gagné une boussole exceptionnelle qui ne manque jamais de me dire par la douleur quand je pousse le bouchon un peu trop loin.

Ce qu’il faut retenir de tout ca:

  • si votre mère vous propose de faire ou ne pas faire quelque chose alors qu’en général elle vous aurait dit de faire le contraire, écoutez la: exemple: votre mère qui veut absolument que vous réussissiez à l’école et qui, un jour, vous propose l’école buissonnière.
  • vous êtes votre meilleur médecin  personne ne connait mieux votre corps et comment il fonctionne que vous même. Sachez l’écouter et trouver votre zone de confort.
  • Ne vous laissez pas bouffer par la maladie, battez vous et faites ce que vous voulez même si ça prend plus de temps.
  • Quand vous êtes en train de toucher le fond, ne craignez rien, vous allez trouver la solution.
  • Si votre souffrance se lit sur votre visage et que votre entourage proche le voit, n’essayez pas de la cacher. Soyez ouverts avec les autres et construisez votre chemin de sortie ensemble (un de mes regrets en ce qui me concerne). On est toujours plus fort à plusieurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge