Rencontre saisissante avec la culture Maori: Kia Ora

Bonjour à tous,

Aujourd’hui je vous propose un article un peu spécial: une rencontre avec la culture à l’origine du Haka des All Blacks.

Et cette rencontre commence un lundi matin. Ce lundi là commençait une semaine intense de formation pour les avocats de Nouvelle Calédonie. Vous allez certainement me demander ce que des avocats viennent faire dans toute cette histoire. Et bien, ils étaient là pour se familiariser un peu avec le droit néo-zélandais.

Etant juriste et travaillant dans l’immobilier, j’avais été conviée à cet événement pour présenter les règles de l’investissement immobilier en Nouvelle-Zélande. J’ai ainsi pu participer en temps que formatrice mais également en tant qu’étudiante (car la culture Maori et le système législatif Néo-zélandais étaient pour moi un mystère et j’avais besoin d’une introduction en bonne et due forme). La semaine commençait donc par une introduction aux enjeux et à l’histoire contemporaine des Maoris.

Je vais vous passer les explications sur le Traité de Waitangi conclu en 1840 entre les Anglais et les Maoris. Sachez seulement que c’est ce traité qui fonde la Nouvelle-Zélande en tant que pays de la Couronne Britannique. Par contre, dans le cadre de cette rencontre, nous avons pu assister à la cérémonie de bienvenue et au Karanga dans un Marae Maori.

Là je viens de vous perdre mais rassurez-vous vous allez très vite tout comprendre.

Rencontre au Marae, le centre culturel Maori

les 2 entree et le parvis du marae

les 2 entree et le parvis du marae

Le Marae est le centre culturel d’une tribu Maori. Il s’agit d’une salle commune dans le plus pur style Maori avec des tiki, sculptures sur bois représentant des figures humaines, peint en rouge et aux yeux de nacre (Paua shell). Cette salle sert à toutes sortes de réunions: musicales, familiales, mariages ou discussion du conseil Maori et bien entendu réception des invités.

 

Le Rituel du Karanga

Avant d’entrer dans cette salle, il faut suivre un rituel. D’abord on se met en rang: les femmes d’abord, les hommes ensuite. Il appartient aux femmes de (re)présenter l’iwi, autrement dit la tribu. Puis on attend sous le premier porche d’être appelé par la Karanga. La Karanga est un chant qui doit agir spirituellement comme une corde et ainsi tisser un lien avec la tribu invitée.

La Karanga est un appel fait par une ou plusieurs femmes. Elle est organisée en principe par les doyennes et les femmes enceintes ou réglées n’ont pas le droit d’y participer car cela demande une puissance de voix et d’intention assez exceptionnelle. Au fur et à mesure de votre avancement sur le terrain de la tribu hôte, l’appel va s’égrener sous minimum 36 différents Karengas traditionnels.

Arrivés à environ 2 mètres de l’entrée, la procession s’arrête et la tribu invitée répond par un chant. En gros, on demande la permission d’entrer… un peu comme on sonnerait à la porte d’un voisin ou d’un ami.

Lorsque la permission est donnée, on peut s’approcher de l’entrée du Marae et on enlève ses chaussures sur le perron. Je ne comprenais pas pourquoi tant de personnes à Auckland font fi de cette coutume si habituelle de se chausser pour sortir et l’explication est culturelle. Bon il faut dire qu’ici les rues sont très propres, il y a des parcs et de la verdure partout, il fait rarement en dessous de 5° en journée l’hiver et les gens ne fument quasiment pas (à 12€ le paquet on comprend pourquoi).

Lorsqu’on entre, inversement des rôles: les femmes se positionnent à l’arrière et les hommes se mettent devant afin de pouvoir contrer toute attaque possible par la tribu hôte.

Il ne faut pas oublier que les Maoris et la tradition qui s’y rapporte, comme tout peuple tribal, se sont construits tant par les relations commerciales que par les conflits armés. Un cadeau devait être rendu, de même que toute attention envers une tribu ou une autre. Dans le cas contraire, le conflit qui s’en suivait pouvait être sanglant. Sur la question des conflits, il faut savoir que chez les tribus Maoris la vengeance est un plat qui se mange froid voire même congelé.

Par exemple, nous sommes allés plonger dans la réserve marine des Poor Knight Islands (environ 200km au Nord d’Auckland et quelques miles nautiques de la côte de Tutukaka. Cette réserve état encore habitée au début du 20ème siècle par une tribu Maori. A cette époque, la richesse principale de la tribu Maori tenait dans ses porcs qu’elle achetait et vendait et qui était garant de la survie de la population. Les Maoris se déplaçaient donc souvent pour faire commerce avec les autres tribus.

Poor Knights Islands - Lieu Sacre des Maoris

Poor Knights Islands – Lieu Sacre des Maoris

Ainsi, lors d’une excursion sur la terre ferme, la tribu des îles des Poor Knights Islands a fait un affront très grave à la tribu de Tutukaka qui était guidée par un Chef guerrier charismatique. Cet affront ne pouvait rester impuni. 50 ans plus tard, alors que tous les guerriers étaient partis donner une représentation sur Auckland, le chef de Tutukaka iwi envoya tous ses guerriers qui massacrèrent les femmes, les enfants et le bétail de la tribu des Poor Knights Islands.

A leur retour, au vu du massacre, les Maoris déclarèrent les Iles « Tapu » c’est à dire sacrées car sous l’influence des esprits des victimes de cette attaque. Personne n’a le droit d’habiter sur ces îles. De même, les volcans par la force matricielle qu’ils représentent sont ce qui chez nous pourraient être comparé à des lieux saints ou sanctifiés.

La cérémonie de bienvenue

Revenons, après cette petite digression sur le sujet du jour: la cérémonie de bienvenue. Etant donné que cette cérémonie était faite en semaine, nous avons été accueilli par un patriarche et une matriarche. Il est toujours difficile de savoir s’il s’agissait du chef ou non car par principe ceux qui étaient envoyés pour discuter dans le Marae étaient généralement des habitants ordinaires, des sous-fifres censés garantir la vie du chef lui-même.

Cela étant dit, lorsque l’hôte parle, son discours est appuyé après chaque prise de parole par une chanson chantée par le comité d’accueil. Ensuite une personne de la tribu invitée parle ou répond et, à la fin de son temps de parole, il est appuyé par le chant de ses comparses.

le mur des ancetres

le mur des ancetres

Comme vous pouvez le comprendre, les chants sont donc extrêmement présents et importants chez les Maoris car ce sont eux qui ont permis la transmission orale de la Tikanga: la culture et l’histoire des peuples Maoris.

Dernière petite chose intéressante sur le Marae, au fond de la salle, comme autant de talismans, un mur porte les photos des chefs et des Rois et Reines Maori disparus. Spirituellement parlant, le lien avec les Anciens est gardé même au delà de la mort.

Se présenter en Maori: une expérience assez intense.

J’ai été charmée et très intéressée par la manière qu’ils ont de se présenter. De manière générale, quand quelqu’un vous demande de vous présenter, ça va donner quelque chose qui ressemble à ça:

« Bonjour, je m’appelle Marine, j’ai 31 ans, je viens de Strasbourg, » et à partir de là en général vous allez commencer à détailler les grandes lignes de votre CV.

Chez les Maoris, c’est un peu différent. Ils vont nommer l’océan, la montagne et la rivière qui ont vu naître et qui qui ont nourri la tribu dont ils font partie. Ils vont rendre hommage à ces éléments naturels particuliers. Puis, il vont nommer leur tribu, leur sous-tribu, leur chef et leur Marae et leur rendre hommage. Puis il vont rendre hommage à leurs ancêtres.

Dans les faits, la présentation va prendre bien 5 minutes dans ce langage si particulier qu’est le Maori.

Alors je ne sais pas vous mais moi j’adore. La présentation redevient le rituel par lequel on rend présent nos racines tant naturelles qu’héréditaire. On explique d’où l’on vient et par ce moyen on s’offre à l’autre. Vous trouvez que je vais trop loin? Allez faire un tour dans le dictionnaire étymologique et historique, vous serez surpris.

Dans nos sociétés modernes centrées sur l’individu, on oublie trop souvent le Karma et la culture dans laquelle nous sommes nés et surtout on oublie de remercier ces événements si exceptionnels qui font de nous ce que nous sommes.

Ma présentation façon Maori

J’ai beaucoup réfléchi après cette expérience et si je devais me présenter en Maori ça donnerait ça:

Kia Ora, Le Hohneck est ma montagne, la Marne est ma rivière, l’Atlantique est mon océan, je rend hommage à leur grandeur et aux esprits qui les habitent.

Ma tribu est un savant mélange d’Alsace et d’Auvergne, entre baeckeoffe et aligot, nos racines courent jusqu’à Poitier et peut être même jusqu’au Maroc (bon ça remonte à la bataille de Poitiers, 732 après JC, c’est pas tout neuf) et peut être aussi dans les tribus saxonnes venues de l’Est.

Je rends hommage à mes aînés et à mes ancêtres qui m’ont confié leurs sagesses acquises dans les siècles qui précèdent. Je rends hommage à ma famille dans son ensemble et je les remercie pour toute l’aide et l’amour qu’ils ont pu m’apporter depuis ma naissance.

Le seul truc à rajouter c’est que je m’appelle Marine mais ça vous le saviez déjà. Et vous, chers/chères lecteurs, qui êtes-vous?

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